Un radiateur à huile en mode artisanat d’art

Un radiateur à huile en mode artisanat d’art, c’est possible, avec le dernier coup de Jean, le magicien de Run Iron Works.

Depuis un certain temps, à part tourner des clips où je me déguise en hipster pour jouer du ukulele, il ne se passe pas grand chose du côté bécane. Je roule. C’est l’essentiel. Mais c’est pour le boulot. Je ne fais plus aucune sortie. Je ne vais plus à aucune invite. Quand je ne bosse pas, je fais du sport. Marre de la bedaine du biker typique. Elle serait censée rassurer les femmes. Eh bien pas la mienne en tout cas. Et c’est vrai qu’à rester le cul vissé sur une meule, on a le cardio qui part vite en sucette. Et je suis nul en trial. Alors…

Et puis en ligne, je regarde défiler les prépas impeccables, ou les horreurs à la mode. C’est selon. Justement, l’autre soir, je voyais d’un oeil morne les choppers à paillettes succéder aux café racers bien polis avec leurs gommes carrées ou leurs tétines improbables. Et puis soudain, j’ai posé mon verre de pinard pour jouer de la souris. C’était quoi la sculpture, là? Il est vrai que j’ai des potes dans l’art contemporain, alors là aussi je vois défiler les moments de grâce et les épisodes moins glorieux.

Quand j’ai vu la mention Run Iron Works, et que j’ai compris que c’était un radiateur à huile, mon sang n’a fait qu’un tour. Enfin un post digne de ce nom ! Et ce serait l’occasion de faire connaître ce beau savoir-faire dans le monde entier (eh oui mon pote, ce blog a une audience de classe, non mais !). Je précise que du coup, ne pouvant me téléporter à Petite Île, et vu la qualité des tofs de Jean, je n’ai pas eu à jouer du LEICA. Toutes ces belles images sont une production Run Iron Works. Les yeux de l’amour, quoi.

 

CLAY-Quand j’ai vu la photo du radiateur en ligne, au  début j’ai cru que c’était une sculpture. Il est magnifique ! Tu peux nous en dire plus sur l’esthétique de cette pièce usinée de tes mains ?

JEAN-Ça remonte à loin, mon père avait une maxime qu’il nous répétait souvent : « Quand tu fais quelque chose, fais le bien, tu verras, au final tu n’y passeras pas plus de temps. »  J’ai fait évoluer cet adage : il faut faire bien ET beau, comme je te l’avais dit lors de notre premier entretien, la fonction ne doit pas sacrifier l’esthétique. Qui a envie d’avoir une moto qui marche nickel mais qui est moche à ne pas la regarder ?  On est allé sur la lune avec des ordinateurs à lampe, 50 ans après  on peut bien faire des pièces de moto qui fonctionne et qui ont de la gueule.

 

 

« CLAY-Mais ça t’a pris quand ? Tu murissais le projet depuis un moment, ou tu étais las des croûtes stock de l’after market ?

NOTE DE L’AUTEUR : Pour les néophytes, un radiateur, normalement, ressemble à un truc moche tiré de l’univers des moches voitures de série :

 

JEAN-C’est pas un secret, je travaille sur un projet depuis mai 2016, j’y mets les mains quand j’ai le temps entre deux client.. Je suis parti d’une BM et je garde que le châssis et le moteur, tout le reste sera fait maison, un condensé de ce que je sais faire.

Le radiateur d’huile, c’est un problème assez épineux, un flat refroidi par air dans un pays tropical à besoin d’un radiateur d’huile, mais difficile à implanter visuellement, la pièce  d’origine est moche.

En after market, tu cherches pendant des semaines pour tomber sur une verrue ou un furoncle. Quand tu trouves un truc sympa c’est hors de prix, le mec livre pas à la Run et en plus il va falloir passer 2 jours à le modifier, pour avoir une solution qui ne sera guère plus qu’un compromis.

 Alors depuis quelques mois ça me trottais, mais pas le temps, et puis j’ai eu une tendinite, impossible de former de la tôle depuis 15 jours ( j’espère reprendre dans 2/3 jours), alors faut avancer sur autre chose, cette pièce est une des dernières de ce projet.

 

CLAY-Ce qui intéresserait les copains, ce serait de connaître la genèse de cette création. Tu peux nous résumer ça ?

JEAN-C ’est assez simple en fait, le plus difficile c’est de tirer un trait sur ton ancienne pièce, c’est dur  parce qu’elle a de gros avantages :

Elle est déjà monté et donc  elle s’adapte mécaniquement parfaitement et tu l’as déjà payée donc tu as tendance à vouloir absolument t’en servir,  mais …. Qu’est-ce qu’elle est moche !

Alors tu cherches à  la positionner différemment, et puis ça va jamais, alors tu prends la meilleure décision possible, tu repars de zéro.

Là les choses deviennent simples, tu choisis un emplacement, ça te définit un volume, à partir de là tu dessines un truc qui te plait vraiment en gardant à l’esprit la fonction . Quand le style est ok, tu te concentres sur la technique pour que ça fonctionne,  petite retouche puis fabrication. Je dessine souvent ce genre de pièce au crayon alors que j’utilise Solidworks pour les fonderies.  Mais j’aime travailler comme ça, griffonner sur un coin d’établi, faire les gammes d’usinage et tailler du copeau.

CLAY-Tu avais déjà fait des trucs similaires quand tu bossais sur les protos de bolides pour les courses sur glace ?

JEAN-La méthode était la même, la finalité différente. On fabriquait les voitures de a à z en optimisant la performance, maintenant je reconstruits des motos en optimisant le style.

En compétition le visuel n’entre même pas dans le cahier des charges, c’est une contrainte triangulaire entre performance-poids-solidité.  En customisation tes contraintes sont style-efficience-durabilité.

Ce qui est commun c’est la réalisation qui doit  être irréprochable.

CLAY-Quand je vois ça, je me dis « Mais où est la limite avec Jean ? »

JEAN-Partout, financière déjà, il faut des solutions qui n’explosent pas les budgets.  Légale malheureusement, même si on reste sur une niche on ne peut pas totalement débrider la créativité. Familiale aussi, il faut sortir un peu de l’atelier des fois. Pour la technique, je crois que je n’aurais pas assez de toute une vie pour explorer tous les trucs qui trottent dans ma tête et qui restent dans mes limites techniques, mais je vais encore vous surprendre et dans pas longtemps  😉

CLAY-Sinon, je sais que tu croules sous le boulot à l’atelier. Tu as des projets intéressants, question prépas ?

JEAN-Il faut dire que j’ai créé cette activité il y a un an. Je m’organise mieux, j’aurais bientôt rattrapé mon retard ; du coup maintenant j’arrive à dégager du temps pour faire des pièces à la demande et ça c’est important.

Il n y a pas que les gros projets, j’aime que les gens me sollicitent aussi pour des pièces isolées, le truc que le gars a dans sa tête et qu’on fait avancer petit à petit, toute ces petites pièces que tu changes une après l’autre pour que ta moto soit vraiment ta moto, qu’elle ne ressemble pas à toute les autres, je leur donne la possibilité d’avoir une monture originale.

Je souhaite arriver à partager mon temps entre projet long et pièce à la demande.

Sinon dans les cartons Il y a une belle moto qui va sortir d’ici fin avril, puis un CB750 dans la foulée, avec des petits projets autour et trois réservoirs en commande qui vont être assez fun.

 CLAY-Pour finir, quand je vois comment tu déchires depuis que tu as lancé ton activité, avec fulgurance, et  inventivité et en même temps avec perfectionnisme et amour du travail bien fait, je te vois bien dans un avenir pas si lointain, et dans notre galaxie, acheter un bon gros S&S et fabriquer une meule autour. Et encore, même le moteur, tu serais cap de le fondre toi-même. Ça te fait rêver mon délire, ou faut que j’arrête de respirer des vapeurs d’essence ?

JEAN-Un doux rêve, acheter un châssis/ moteur homologué nu et tout construire autour. Certaines marque y pensent, pour le moment c’est pas encore là.

Ceci dit sur les deux prochains projets c’est ce qui se passe, je pars d’une moto, je garde le moteur et la partie cycle pour conserver l’homologation et je refais tout autour.

Pour le reste je crois que tu as trop trainé dans ton garage à siphonner ton Dax pour remplir le Corsair 😉

L’Europe c’est pas les Etats Unis, la customisation est tolérée, c’est pas une culture… on est bridé par les pouvoirs publics, la marge de manœuvre se trouve dans l’esthétique.

CLAY-Merci mon poto ! On attend la suite avec impatience.

JEAN-Accrochez-vous ça va décoiffer !!! »

Et voilà, vous savez où commander vos nouveaux jouets pour adultes. Et ça vous changera un peu des sex toys.

Pour les malheureux qui ne connaissent pas encore l’atelier Run Iron Works, c’est là :

http://claymotorcycles.com/2016/05/run-iron-works/

Passez le voir. Vous m’en direz des nouvelles !

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