Faut-il tuer tous les hipsters?

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La question peut sembler incongrue, mais on lit souvent « Kill all hipsters » sur les posts de certains bikers pas moins barbus. Et puis c’est un appel au meurtre de masse, car les hipsters sont légions. Même en se cantonnant aux hipsters motards, ça fait pas mal de monde à exterminer. Les bikers nous la rejouent-ils rockers VS mods ? Mais c’est très hipsters de faire ça ! Damned ! Et puis, si on est tous le bourgeois de quelqu’un, puis le bobo de quelqu’un, ne serait-on pas tous le hispster de quelqu’un ? Mais si je suis moi-même un putain de hipster sans le savoir, dois-je mettre fin à mes jours en ingérant une dose massive de pain industriel au gluten ? Cette faune a progressivement envahi nos mags préférés (songez à l’évolution de Café Racer, passé sans transition de la pin up pour puriste graisseux couchée sur papier glacé à la gravure de com imprimée sur papier recyclable) nos écrans (INSTA !!!) et nos rues (paraît même qu’ils se hasardent hors de la Vallée de Chevreuse ! Et j’en ai même dépassé un ou deux à la Réunion (ok, je sais, c’est pas très difficile). Hum, Claymotorcycles se devait d’enquêter sur ce phénomène de société sans gluten.

Le starter de cette réflexion, c’est une récente interview de l’historien des arts et motard Paul Ardenne, sur un blog pointé par mon pote Motorcycle Boy, lui-même boss du glorieux blog du même nom. Ça va, vous suivez ? Je vous mettrai les liens en fin de post. Ardenne est un fondu de moto depuis des décennies. Il a tout piloté, partout, et à fond. Et il ne mâche pas ses mots contre les hipsters à deux roues et les afficionados du café racer. En gros, il les traite de merdeux inculte et propose d’y mettre le feu au prochain feu rouge.

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Mais pourquoi tant de haine ? Je me dis que c’est générationnel. Ardenne pilote une moche BMW en plastoc tout neuf. Les hispsters motards, eux, refusent cette pression économique et politique à nous faire acheter des motos toujours plus neuves et compétitives sur fond de législation répressive. Cela ne les empêche pas d’être consuméristes. C’est ce que leur reproche Paul. Ils achètent tous ensemble à prix d’or les mêmes objets iconiques en série limitée, certes, mais en série tout de même. Et il faut toujours se demander si, de retour du passé, Steve Mac Queen demanderait à piloter une Bonnie ou un Speed. Et nous connaissons tous la réponse. Ce gars aimait la vitesse, et il voulait toujours tout essayer. Le pire, c’est le néo-rétro. Le syndrome de la New Beetle a rattrapé la bécane. On met des caches à l’ancienne sur une injection électronique mal assumée. On rêve de la Route 66, mais sans poussière et sans pannes. La Route 66 elle-même est devenue une longue bande de nostalgie touristique sillonnée par des Ford Mustang climatisées. Mais le hipster est trop élitiste pour la Route. Il préfère boire le thé avec des rebelles armés assis sur son side car au milieu d’une piste de montagne enneigée, quelque part en Asie.

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Ahrrrrrrr ! Putain de hipsters !

Les hipsters sont difficiles à cerner, dans la mesure où c’est juste une mouvance de mode sans message très cohérent. Ils aiment les nouvelles technologies et les produits raffinés, mais ils prônent un retour à l’authenticité sous toutes ces formes. Pas très cohérent ? Généralement jeunes, ils suivent des gourous plus âgés et plus créatifs. Mais en gros, face à l’inconnu qui menace la planète depuis la chute du Mur de Berlin, puis le choc du 11 septembre, nombre d’humains se réfugient dans le « bon vieux temps ». Cela faisait un moment que je m’interrogeais sur la nostalgie. Je suis moi-même un grand nostalgique. A 10 ans je me rappelais l’époque bénie où je n’allais pas à l’école. A 13, je me surprenais parfois à jouer en cachette avec mes petites motos et à 20 je lisais la littérature fin de siècle des dandys. Une de mes bécanes, le Corsair, est un double hommage à la série les têtes Brûlées et au manga Albator,  et au moment où je vous parle, j’ai la larme à l’œil parce que je viens de me faire un petit générique d’Amicalement Vôtre. Là, vous voyez que la nostalgie est compliquée, car vous pouvez très bien chialer sur votre enfance à jamais perdue, et regretter un âge d’or que vous n’avez peut-être jamais connu, d’autant plus qu’il n’a jamais existé. Alors, tous hipsters ?

Clay est un sale hipsters ! Mais non, il a pas de barbe ! Mais il a les cheveux longs !

-Clay est un sale hipster ! -Mais non, il a pas de barbe ! -Mais il a les cheveux longs !

Sur FB, nous échangeons des images de notre moto à pédale, de notre uniforme du Service Militaire ou de notre première bécane. Mais nous oublions alors : les bastons de bac à sable où un plus grand vous fait avaler votre morve, les corvées de chiotte, et le fait que mon père m’avait offert une pesante RD 50 d’occase rouge avec un porte bagage chromé à l’arrière, alors que mes potes se pavanaient en trail DT tout neuf. Et je ne vous parle pas de ceux qui attendent le retour du Roi de France mais dont les ancêtres étaient sûrement traités comme des loqueteux par les gentilshommes au pouvoir.

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Perso, j’ai décidé d’aller de l’avant. Je suis bien avancé dans ma vie. Trop pour faire marche arrière. Et je fais trop de choses pour me permettre le luxe de trop me retourner.

Alors j’essaye de changer un peu les choses pour moi et autour de moi à mon petit niveau. Mais qui peut se targuer de ne subir aucune influence ?

Le hipster motard pose problème. Il a le premier lancé les blogs moto. Les autres en étaient encore aux forums avec modérateur pontifiant, aux sites amidonnés sur CMS vermoulus et aux listes mail écrites en rose fluo. De ce point de vue, je ne peux pas cracher dans la soupe bio.

Ivan le Hipster, un personnage des sons of Arnaquie

Ivan le hipster, un personnage des Sons of Arnaquie

Pour voir Ivan :

 

Le hipsters a du goût. Il sait dénicher les plans cools. Mais ces plans le lassent vite, car cela devient alors trop « mainstream ». Le problème, c’est que, sociologiquement, c’est en gros une population de jeunes urbains actifs à bon pouvoir d’achat et bossant dans la com.

Le hipster surfe sa moto !

 

Il aime l’authenticité, c’est-à-dire qu’il paye cher pour s’accaparer l’exclusivité de lieux et de figures historiques qu’il tente de récupérer. Parfois cela fonctionne, car les vieilles gloires ont besoin d’argent. Et le hipster en profite pour créer de toute pièce une marque qui semble avoir été fondée en 1887. Et la qualité est généralement au rendez-vous. Au final, vous vous retrouvez à baver devant un magasine qui coûte cher en  regardant le casque que portait le plouc du coin quand, gamin,  vous aviez votre intégral, mais avec des cuirs rares, une chouette peinture et un prix largement au-dessus de vos moyens.

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Ce casque coûte 70 euros, plus deux euros de sticker. Fuck les hipsters ! (Dis le gars qui planque un Bell Roland Sands dans son salon…)

Et ces marques à leur tour sont récupérées par l’industrie qu’elles faisaient mine de contester. Le plus bel exemple, c’est le réveil tardif mais redoutable de Yamaha qui, après avoir compris qu’elle possédait un glorieux passé et des reliques comme le XJR ou Kenny Roberts, séduit les pros de ma Custom Culture pour courir à la fois en Grand Prix et dans les rues de Paris ou de Los Angeles. C’est le plan marketing Héritage.

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Bien sûr je suis obligé de faire vite et de simplifier. Les hipsters s’avouent rarement comme tels. Il  y a de tout, et certains préfèrent la veste en tweed et le foulard en soie à la chemise de bûcheron. D’autres  même,  « construisent leur mécanique ». Là encore c’est le grand écart. Aux deux extrêmes, je me sens un peu révolté. Vous avez des types d’un certain âge déguisés en rocker qui cisèlent des œuvres d’art roulantes, des joyaux qu’aucun jeune anglais qui fonçait au pub n’aurait jamais pu s’offrir. Et en face, vous avez des gamins sapés comme des milords qui assemblent des pots de récupe sur de vieilles carnes avec du fil de fer.

Quel avenir pour tout ceci ? Tout va très vite. A la fois acteur et observateur de l’engouement pour la « moto de caractère », parfois je me dis que je commence à comprendre et parfois je me sens complètement dépassé. Rappelez-vous cette mode éphémère de café racers sur vitaminés chaussant des pneus ronds à grosses tétines : tout simplement contre nature et impraticable.

Les manifestations décalées pour initiés barbus deviennent de véritables concentrations sponsorisées. Les motos d’exception deviennent la norme. Les blogs conviviaux se couvrent de bannières publicitaires. Tout comme le quattro fut revisité en surf après le single et le long board, les hipsters  exhument et recyclent les motos d’antan. On a bouffé du café racer jusqu’à la nausée, alors on voit défiler du tracker, du bobber, du ape hanger, du scrambler et même des motos qui tournent sur la glace ou dans des tonneaux de foire. Le dernier truc so hype, c’est de déglinguer sa 650 xs d’époque dans des carrières, de la boue en forêt ou des dunes de sable, avec des pneus inadaptés, bien sûr !

Si ça c'est pas une affiche de hipster...

Si ça c’est pas une affiche de hipster…

Le paradoxe du marketing de la mode, c’est que chacun veut être différent, mais pas tout seul. On ne veut pas être montré du doigt (en latin, « monstrum », le monstre, c’est celui que l’on montre), on veut être vu : c’est là toute la nuance. Notre époque conjugue à la fois l’hédonisme égoïste et la communion de masse. Beaucoup de gens, à la Réunion, vont se masser à la Messe des Motards, mais juste pour « montrer leur monture ». C’est ainsi. Même si je ne pense qu’à ma gueule, j’ai besoin d’autrui pour me sentir exister.

Mais il y a aussi des lois plus basiquement économiques, comme celle de l’offre et de la demande. Quand les bouquinistes n’ont plus trouvé de livres des XVI° et XVII° siècles, la côte des ouvrages du XVIII° a monté en flèche. C’est pareil pour les meules. Franchement, qui parmi  nous peut espérer un jour se payer une Vincent ? Même les Japonaises des 70’s sont hors de prix. Les vieilles BM ? Du grand n’importe quoi. Et ils en ont rajouté une couche avec la Ninety ! Et on ne s’attardera pas sur Ducati qui s’est carrément approprié le label Scrambler. Cela me faisait bien marrer, car avec un XJR 1300 de 2003 payé 1900 euros, je me sentais bien à l’abri de toute cette mascarade et je me félicitais d’avoir flairé le bon coup. Quand j’ai viré le plastoc pour le remplacer par de la tôle, je me suis fait traiter d’hérétique sur les groupes sociaux dédiés à ce modèle. Mais depuis la sortie du nouveau XJR, ce petit jouet avec de l’électronique,  on ne compte plus les prépas sur base XJR. Je ne pourrais plus me le payer maintenant. Et pour les meules qui me faisaient rêver, la côte commence à frémir. Des modèles géniaux et puissants, c’est-à-dire les japonaises et quelques italiennes des années 80 et 90 commencent à apparaître comme un bon investissement dans Moto Légendes alors qu’elles ne trouvaient pas acquéreur sur le Bon Coin il y a quelques mois.

M’en fous. Je me rabattrai sur les futures grosses tendances que les hipsters ne vont pas tarder à redécouvrir : les rat bikes, le punk (mince, y a déjà la Punk’speak » !) ou même Johnny (zut, Luccini l’a déjà fait !). Ou alors une jeune ancienne à bichonner loin de la tourmente ?

J'adore ces gros phares

La solution, face à la folie ambiante, ce serait de rouler sur une moto modifiée en fonction de ma culture intime, non plus des rêves d’enfance des autres mais de mes propres rêves d’homme.

Présentation corsair

En conclusion (provisoire), les hipsters sont parfois irritants, mais ils nous influencent, qu’on le veuille ou non. Et puis, ils font rouler de vieilles bécanes ou obligent l’industrie à réfléchir avant de produire du moche. C’est plutôt positif, non ? Ils connaissent mieux les règles de la com que les pseudos écolos politiques qui veulent nous flinguer sur l’autel des lobbies industriels et des lois motocides. Ce ne sont pas des ennemis, mais des alliés. Nombre de rockers qui les haïssent sont eux-mêmes des nostalgiques néo rétros qui écoutaient du funky et de la new wave de pacotille. Et de toute façon, tout ceci risque de devenir un débat d’arrière-garde.

En effet, le jour où nous serons tous perchés sur une grosse batterie programmée pour nous ramener à la maison sans bruit ni fureur, là, oui, il sera permis d’être nostalgique.

http://claymotorcycles.com/2014/01/lamour-est-dans-ton-rese/

http://lesmotosmythologiques.blogspot.fr/2016/04/normal-0-21-false-false-false-fr-x-none.html

http://motorcycleboy.fr/

alors finie la guerre civile des motards, et tous ensemble, GROSSE REVOLUTION contre les frustrés qui veulent nous empêcher de rouler !!!

CORRECTIF TARDIF. Je commence à voir défiler les images et les interview de la dernière édition du W&W et là, soudain, je me sens trop gentil et très très énervé…

Et fuck les hipsters !
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4 réponses à Faut-il tuer tous les hipsters?

  1. BAREL dit :

    BIEN ECRIT PROF !!!!!!!

  2. Willo dit :

    Très bon article.

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