Commande suicide

A une époque où les fusillades se succèdent dans les rues, on se dit que souvent nous vivons dangereusement sans le savoir. Chacun tente de trouver un sens à sa vie. C’est un bien précieux et éphémère, la vie. Les fanatiques, les accidents de moto, les attaques de requins, les maladies qui frappent à l’aveuglette des gens adorables, tous ces événements dérangeants nous laissent quelque peu abasourdis. Le “risque zéro” et la “paix perpétuelle” ne seraient donc que des mythes? Et une fois la stupeur passée, c’est l’émotion qui prend le dessus, et les gens se mettent à s’exprimer à tort et à travers. Les nouveaux médias rendent possible la publication instantanée d’humeurs qui autrefois ne passaient jamais le cap du courrier des lecteurs des gazettes locales. Comme tout le monde s’est exprimé unanimement sur tout et de toutes les manières, je n’ai pas grand chose à dire sur la marche du monde. Simplement, sur une moto, je suis essentiellement animés par trois axes qui donnent un sens à ce que je fais: la vie des autres, la mienne, et le plaisir. Là, on ne peut tricher ou faire la grande gueule car la sanction est immédiate. Dans cette optique, je me suis penché sur le retour d’un manche un peu étrange, et nommé affectueusement “commande suicide”. Il faut se replacer dans l’optique de mon nouveau projet: préparer intégralement le Dax pour Octobre 2015, c’est-à-dire la Fête des Motards organisée par mes copains les Flibustiers. Les gens avaient adoré le Dax et sont petit côté British. Et puis j’ai fini (provisoirement) le XJR. Alors je me suis mis en tête de faire un petit monstre façon Kustom Kulture à ma façon. Comme d’habitude, vous aurez la primeur des métamorphoses de la machine. Et cela commence donc par la nouvelle commande. Cette réplique de Dax, un 4 temps 125 cc, est montée en semi automatique. Pas de manette d’embrayage. Tout se fait au pied. J’avais autrefois remplacé le sélecteur par un modèle “pointe et talon” bien plus rigolo et efficace. Et j’ai donc étudié la possibilité de le remplacer par la fameuse commande suicide. Je me suis donc mis en quête de matériel hyper sophistiqué: des boulons, des écrous, une perceuse, le sélecteur d’origine, un peu de tôle grillagée pour cacher la misère aux jointures, et aussi une tringle à rideau et un bouton de porte de placard skull acheté au magasin de bricolage (j’ai les mêmes sur l’armoire années 70 dans ma chambre). Ensuite, c’est comme d’habitude, chaque solution amène son lot de problèmes techniques stupides à surmonter, et ce qui sur le papier devait prendre deux heures m’a pris assez de temps pour avoir droit à une belle scène de ménage 😉 Mais le résultat est là:   Ok, c’est bien rigolo de faire son malin enfermé dans le garage, mais sur la route, ça donne quoi, hein? Là, il n’y a pas photo, le truc porte bien son nom: Au début, tu actionnes le pieds gauche, mais il tombe dans le vide ! Vite tu attrapes la poignée, et tu lâches le guidon: ça passe ! C’est comme si tu conduisais une voiture anglaise ! On monte en puissante: trop cool! Hop, le feu passe au orange, on rétrocède, frein moteur: pan! ton buste est projeté contre le guidon…ok !!!! C’est ça le truc du suicide ! C’est hyper chaud, surtout avec une mini très nerveuse. Je n’ose pas imaginer avec un 1200 : projection, éjection, déboîtement de l’épaule ! Je me ravise. On va y arriver. Il faut anticiper, voir vraiment loin, ce qui est difficile avec le Dax qui est un rase mottes. Je commence à) éprouver du plaisir à rouler plus cool. J’adore décélérer moins brutalement et couler le passage de vitesse juste du bout des doigts. C’est du billard. Les motards en gros cube se font des torticolis pour m’observer dans leur rétro. La commande suicide, c’est juste un bon vieux truc pour s’obliger à faire attention, à ne pas être pressé, à rester maître de la machine. Bref, c’est la vie, quoi !  Suivez-nous: