E.F.F. by Run Iron Works.

L’E.F.F. : BMW R80 Explorer Full Fusion. Run Iron Works : le chef d’œuvre. Le Dodo Steam Punk Péi a encore frappé ! Et très fort ! Aujourd’hui, je vais vous présenter un chef d’œuvre. Au sens où l’entendent les Compagnons du Tour de France, lorsqu’ils adoubent un des leurs, suite à la réalisation d’une pièce maîtresse, une œuvre, reconnue tout aussi bien pour l’élégance de son esthétique que pour celle des solutions qu’elle propose face à des difficultés techniques majeures. Il est ici question de l’éloge de la virtuosité. Là, mes amis, nous ne parlons plus d’heures de main d’œuvre, mais de temps qui n’est plus compté. Nous évoquons un artisanat dont le brio et la force brute masquent un labeur humble et  patient, obsessionnel et quotidien, au fond d’un minuscule atelier dont chaque espace est pensé pour satisfaire à la fois l’exigence du client et le plaisir du Maître.

Steam Punk Péi

http://claymotorcycles.com/2016/05/run-iron-works/

J’entendais l’autre jour que le Grand maître du sushi au Japon présentait des pièces sobres mais belles. Des rectangles de poisson sélectionné avec méticulosité, et nappés sur leur simple lit de riz, lequel incorpore des saveurs exquises. Il faut faire très attention à la manière dont vous le mangez. Il le confectionne pour vous et le sert sous vos yeux. Si vous commettez un faux pas, comme celui de plonger vos baguettes dedans pour le triturer, il ne dira rien. Mais vous serez à jamais compté au rang des barbares. Plus jamais il ne vous laissera entrer. Ce n’est pas qu’une question d’argent, car chez lui les gens réservent des mois à l’avance pour payer 300 euros le repas. C’est une question de respect des règles de l’art.

 

Un problème avec mes sushis?

Jean, dont je peux me flatter d’être l’ ami, c’est un peu cela. La seule différence, c’est qu’il vous traitera de la même manière, que vous veniez pour une chicane perdue ou pour une moto d’anthologie. Et puis il est plus gentil et patient que les Hattori Hanzo du sabre et du Sushi. Si vous prétendez lui apprendre son métier, il vous suggèrera juste de faire autrement. Il a ses raisons. Dans ses raisons, il y une immense expérience conquise sur tous les terrains des véhicules à moteur thermique. Il ne vous en parlera pas, car il est trop modeste. Et il y a aussi une formidable soif de concilier la tradition avec une curiosité sans fin pour l’invention et la technologie d’avant-garde. Je pourrais avancer le prénom de Léonard, mais cela le ferait rougir.

 Quand j’ai un pote qui sabote une moto et qui me suggère, autour d’une bière, et à grands renforts de clin d’œil appuyés,  un reportage sur son forfait, j’ai toujours un grand moment de solitude. Mais c’est l’avantage d’être bloggeur autonome. Aucune obligation. Ni dieu, ni maître. Ni client, ni sponsor. Alors je marmonne un truc sur ma vie bien remplie. Cela m’évite de blesser son amour propre, tout en préservant mes lecteurs d’une catastrophe proche de celle de Notre Dame de Paris. Il me ressert une bière et on passe à autre chose.

Quand mon ami sort une belle moto, toujours plus belle, toujours plus pointue, je ne suis jamais embarrassé. Nous n’avons pas toujours les mêmes goûts esthétiques. Mais nous partageons l’imaginaire des gens de notre génération. Et il doit aussi composer avec le goût du client, ce qui est pour lui une forme d’impératif catégorique. Le client a toujours le dernier mot, même si c’est parfois le roi des cons. Parfois, c’est une rencontre. Le client ne demande pas la lune pour 30 euros avec des pièces chinoises en plastique. Parfois le client a du goût, et les moyens de ses goûts. Ce ne sera pas pour autant une moto de show room, sans clignotants ni plaque. Pas un avatar en 3D exposé sur une palette, entre un barbier pour banquier et un tatoueur pour DRH. C’est une moto qui va rouler. Sur nos routes réunionnaises. Au milieu de nous.  Et, même quand je ne suis pas d’accord, ce qui est rare, il y a toujours une réalité manifeste aux yeux de tous. La technicité de la moindre pièce qui sort de chez Run Iron Works.

 

La mécanique, tout d’abord. C’est la face immergée de l’iceberg. Celle dont les maquilleurs de motos ne veulent pas parler. Ils sont trop pressés. Et ils n’y connaissent rien. Même si  il vous dira le contraire, Jean y connaît un sacré rayon en mécanique. Et quand il ne connaît pas, ce n’est pas compliqué. Il se renseigne auprès des spécialistes, des collectionneurs et autres passionnés, et il apprend. Cela semble tellement évident qu’on se demande pourquoi les gens acceptent encore de vous livrer des motos repeintes sans apprêt avec un moteur mal réglé.

J’ai vu défiler des gens de mauvaise foi chez mon camarade. Des gens qui faisaient la sourde oreille quand il leur faisait remarquer une fuite, un bruit étrange ou une bizarrerie à l’allumage. Des gens pressés qui veulent une jolie moto, là, tout de suite, comme dans les magasines, et pour pas cher, hein. Et ensuite, quand leur piège tombe en rade sur le bord de la route, ils courent dauber sur les réseaux que leur truc sort de chez lui. Alors je lui dis « Putain, mais tu peux pas te laisser faire comme ça merde ! ». Et lui, toujours cool « Mon Ben, c’est pas bon de relier du négatif comme ça. On va trouver un arrangement. Les gens ont tous une bonne raison de faire ce qu’ils font. C’est un malentendu. Ce n’est pas grave. Je vais arranger ça. »

Sur une île minus où tout se sait dans le milieu de la moto custom, je me dis que Jean est un sacré moine bouddhiste zen qui a une immense compassion pour la connerie humaine. Parfois je me dis que le philosophe, c’est lui ! Et ej ne vous parle pas des rageux avec leurs commentaires idiots, au niveau national ou international. Moi je leur rentre dedans direct. Pas lui. J’ai pas mal appris de cette noble attitude. Et de la vie aussi. Maintenant je laisse pisser et aboyer les chiens. Le moulin, lui, désormais, il ronronne comme un furieux !

La vie ne nous a pas fait de cadeaux à Jean et à moi. Mais aussi elle n’a pas été avare en dons. Ainsi, il peut faire de votre meule une œuvre d’art performante. Moi, je peux parler de Spinoza tout en sirotant des bières brunes à la pression au milieu d’un concert de hard rock. Chacun son truc.

Sur cette Belle Bavaroise, il m’avait dit qu’il allait se surpasser. Je ne pensais pas qu’on en arriverait là. Il en a bavé mais il s’est fait sacrément plaisir. Et je pense que le client est complètement conscient du fait qu’un autre ne serait pas allé aussi loin. On est bien dans l’Eloge du carburateur là.

http://claymotorcycles.com/2014/01/le-bodhisattva-du-cambouis/

Je vois quelques commentaires de rageux qui ne savent pas changer une bougie (moi je sais !) et qui critiquent la dureté de la selle. Putain mais Jean a roulé 100 bornes avec sans la moindre hémorroïde ! Ont-ils seulement idée de la technicité du support de selle ? De la suspension calculée sur un plan, avec des maths et de l’ingénierie ? Des pièces moulées, fondues et usinées à la main ? De la recherche pour trouver le meilleur cuir, et le meilleur sellier ? Pffff. Ok Jean, on les laisse aboyer comme des roquets.

Terminator is watching you !

Préférons relire les commentaires ébahis, du monde entier, de vrais connaisseurs. Et surtout, allons nous rincer les yeux avec les sublimes photos de Kiko Peltier. Un jeune gars de chez nous qui nous montre que la photo, c’est pas juste un I Phone et un putain de filtre Insta.

Et allons donc aussi nous rincer les oreilles à écouter Jean nous raconter son labeur de plusieurs mois. Je ne sais pas jusqu’où il peut aller, maintenant qu’il a atteint un top niveau. Pour moi jamais vu à la Réunion, et assez rarement en France. Et puis j’aime bien l’idée de goûter l’instant présent. Mais quelque chose me dit qu’il ne va pas se reposer sur ses lauriers…

Au début donc, on a encore une énième R80, soit, le 2 en un : un cliché de la prépa, et une moto de flic. C’est pas politiquement correct ce que j’écris là ? Passe ton chemin, et va baver ta haine sur les réseaux. Les polémiques complotistes à 2 balles sur la cathédrale ou les gilets jaunes sont là pour ça. Ici on cause moto. Jouet pour adulte. Sex toy. Porn bike. Ok ?

Laissons parler le Maître : INTERVIEW Exclusive CMC !

« Quand je la récupère elle est plus proche de la casse que du panthéon.

Je fais craquer le moteur 2 minutes juste pour vérifier que ça, va et j’attaque.

Le client veux une moto pour ses 50 piges, œuvre d art mais 100% fonctionnelle.

La moto doit être épuré et aucun compromis sur le style.

Après j ai carte blanche.

Je mets une fourche inversée, un réservoir de série 5 et puis gros travail sur l arrière, commande reculée avec identification de la moto d origine.

Selle minimaliste avec un système de suspension copié sur les basculeurs de suspension des monoplaces.

La moto se monte tranquillement : jusque là on est sur le déroulement de départ.

Gros débat sur le passage des pots : en haut ? En bas ?

Ce sera en haut, tant pis pour le garde boue arrière, il n’y en aura pas.

Ensuite… les mauvaises surprises !!!

Je m’aperçois que la boite fait un sale bruit. En fait la moto à été stockée dehors, des vis ont été enlevées et du coup elle s’est remplie d’eau.  Allez hop !  On refait la boite !

Mais en démontant la boite, je m’aperçois que le pont est bizarre, mince il est mort, et en 3 trous c’est introuvable ! Pas grave : je trouve un pont 4 trous que j’adapte en 3.

Ensuite il y a le débat du moteur, pas tout jeune, vu l’état du reste… Je commence à être sceptique, il y a un ou deux suintements… allez hop on ouvre !

Bonne décision : siège de soupapes affaissées ! Allerzhop !  On change les soupapes, les sièges et puis segmentation.  Le bas moteur est en bon état. Ouf !

Dernière orientation à trancher : le garde boue avant. Je veux qu’ il y en ait un, mais  le client n’est pas chaud. Je décide d en faire un quand même.  J’opte pour un design radical ;  il faut donner du corps à l’avant,  compte tenu de la richesse technique de l’arrière.

 

Je laisse l’option au client de l enlever après les photos, mais quand il voit la moto il est convaincu net l’adopte.

 Reste la petit histoire des plaques en alu sur le réservoir.  Le client est un beau bébé de 1m94, et du coup il fallait lui éloigner les mollets des pots…

La moto s’appelle « BMW R80 Explorer Full Fusion », « E.F.F. » pour les intimes 😉

650 heures de travail, elle pèse 179 kg avec les liquides. »

 

Voilà. Merci Jean pour ta confiance, bravo Kiko, et aussi merci à tous les lecteurs qui m’envoient des mots de soutien qui m’encouragent à ne pas lâcher l’affaire en ces temps si difficiles pour l’écrit motocycliste et les motocyclettes en général! Je vous adore mes poulets !

 

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4 réponses à E.F.F. by Run Iron Works.

  1. Gael dit :

    Merci pour cette belle découverte, je ne savais pas qu on avait des artistes de cette qualité a la réunion. Il faut espérer qu il y ait suffisamment de clients fortunés et passionnés ici pour qu il puisse se lacher sur de beaux projets comme celui ci. Autant il y a beaucoup de gens qui sont capables de mettre beaucoup d argent dans la voiture, autant la moto est encore délaissée par les amateurs de belles mécaniques. C est peut-être pas plus mal en même temps…

    • Clay dit :

      Merci Gael ! C’était vraiment le but premier du blog : promouvoir les talents péis autour de l’artisanat moto. Pour le coup je vis ce post comme un accomplissement ! Pour l’argent, ça va ça vient. Tu as raison de souligner la rareté de projets d’une telle envergure. J’ajouterai que parfois nos amis motards lâchent des sommes équivalentes, voire supérieures, pour des motos neuves dispendieuses et bardées de pièces d’after market clinquantes, mal finies et mal posées. Mais il faut rappeler que Jean ne dédaigne aucune commande et prend toujours le temps de dépanner un gars qui veut refaire sur mesure une chicane perdue ou la finition d’une ligne d’échappement, et tant d’autres projets encore. biz

  2. Idir dit :

    Ouaaaaa! Merci Benoît….

  3. gilles dit :

    Avec les frangins faut vraiment qu’on aille faire un tour chez ce sorcier du copeau d’alu et de la fraiseuse…quel boulot !!! (même si j’ai toujours autant de mal avec les teutonnes…)

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