Le grand leurre de la plaque d’immatriculation

Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! Mais que dois-je fixer au popotin de ma chérie ? Ah, les nouvelles plaques d’immatriculation moto ! Rarement les instances chargées de harceler les motards n’auront à ce point fait l’impasse sur l’information et la pédagogie. Le 1° juillet, je suis allé manifester devant ma préfecture. C’était trop tard, sûrement. Mais combien de temps encore allez-vous subir ?

Mais que dois-je fixer au popotin de ma chérie?

-L’info : les gens en sont encore à demander sur les forums si la loi est vraiment rétroactive ! Mais vous ne rêvez pas : la non-rétroactivité de la loi pénale, véritable pilier du code civil, la répression routière s’assoit dessus dès qu’il s’agit des motards.
-La pédagogie : là c’est l’impasse, vu qu’il n’y a rien à apprendre. N’importe quel élève de 3° qui vient de louper son brevet avec brio vous le dira : une plaque plus large mais avec le même lettrage ne sauvera aucune vie et n’empêchera aucun vol. Nous, nos soucis, ce sont les caisseux qui textent en changeant de file sans clignotant, les ralentisseurs non conformes, les glissières guillotines, les nids de poule, la fumée noire dans nos poumons,. On en demande trop ? On fluidifie le trafic saturé de gros SUV qui polluent pour une seule personne. Et on paye des taxes et des impôts, accessoirement.
Mais alors pourquoi tant d’acharnement ?
-Pour l’argent. C’est clairement avoué : ça flashe mieux ? Mais non. Il s’agissait juste d’en finir une fois pour toutes avec les vieilles immat, les plaques microscopiques plaquées sous la selle et tournées vers le ciel, ou encore les plaques déportées. Et il fallait anticiper sur la systématisation du stationnement parqué obligatoire et payant, aussi.
-Et contre la moto : ça ne s’explique pas. C’est une peur irrationnelle et viscérale face aux nomades, aux rebelles, à ceux qui refusent de s’enfermer dans une bulle climatisée. C’est atavique. On retrouve ça depuis la plus haute antiquité : la peur du cavalier. Et pour la moto, ça remonte au moins à The Wild One, le film culte où Brando ravage un bled de red necks en noir et blanc sur fond de sexualité torride mais refoulée. C’était un fait divers porté à l’écran, ne l’oublions pas. Et ce ne sont pas les potes de Mad Max qui vont arranger nos affaires dans l’imaginaire collectif de nos concitoyens.


La faute à qui ? A l’Europe ? Même pas ! La majorité de ces réformes idiotes émanent de centres décisionnaires franco-français ! La faute à des maires de grandes villes qui donnent le mauvais exemple en promouvant les batteries électriques impossibles à recycler pour aider les multinationales ? En rendant impossible la circulation et le stationnement des motos qui pourtant fluidifient le trafic ? En accentuant les inégalités sociales, à stigmatiser les banlieusards qui, chaque jour, viennent au taf sur des motos bichonnées mais pas neuves ? En obligeant à changer d’équipement pour une simple histoire d’étiquette ? En foutant en l’air la French Touch du custom et de la prépa ? En jetant notre patrimoine auto/moto de collection à la casse ? Assurément.
La réalité : en Allemagne, les gens se tapent des chronos de centaures lâchés au triple galop du haut d’une colline, en toute légalité, et ils ont moins de morts. En France…Avez-vous vu le gars qui a inventé une planche pour surfer dans le ciel ? Le Flyboard ? Harcelé par l’administration française, il était à deux doigts de se faire racheter par l’armée US :
http://www.20minutes.fr/marseille/2044059-20170405-delocalisation-flyboard-air-franky-zapata-bons-retours
La stratégie : monter les motards et les caisseux les uns contre les autres. Les charmantes journalistes venues nous interviewer à la Pref n’y échappent pas elles-mêmes. « Mais que répondez-vous aux automobilistes qui disent que les motards se prennent pour les Seigneurs de la Route ? ».
Moi, je réponds : 1. Nous sommes les Seigneurs de la Route. 2. Ils n’ont qu’à passer notre permis : c’est pire que de tenter d’intégrer le GIGN ! 3. Je suis moi-même un automobiliste : j’ai un gros pickup diesel qui pollue en ville et tout ! Mais je laisse passer les motards. Dans mon rétro c’est une obsession. Et je soigne mes piétons, car parfois, moi-même il m’arrive de marcher. Mais traversez donc ma bonne dame ! Merci M’sieur ! Et oui ! Un sourire, un signe, un merci : on n’est pas des bêtes. Tous des usagers pressurés par un système qui divise pour mieux croire qu’il règne ! Par contre j’ai arrêté le vélo : trop dangereux ! Les scooters qui me foncent dessus sur la piste cyclable, c’était moyen (et oui, tout le monde ne fait pas du Velib à Paname Madame la Maiiiiire !). Et même à vélo, on ne peut plus écouter de musique dans son casque : c’est hors la loi !


La tactique :
-culpabiliser les gens de bonne foi. Nous sommes bien formés, équipés et passionnés. Une belle bande de purs pilotes. Mais, au lieu de nous consulter, au lieu de nous épauler pour nous inciter à nous concentrer sur l’essentiel( l’avenir de la moto, comment aider les rares marques de moto françaises -comme Avinton- à mieux s’exporter, comment promouvoir nos savoir-faire artisanaux, ou, plus prosaïquement, comment éduquer la dame textait et qui m’a expédié droit au milieu d’un rondpoint), on va nous conditionner à nous prendre la tête entre nous et en nous-même sur un pauvre bout de plexi. C’est la bonne vieille tactique du « Oh, regarde là-bas ! », mais en version culpabilisante (c’est ta fauteuuuuuu !).
-cibler les gens qui ne peuvent pas résister. Le motard, comme le surfer ou le boxer, est individualiste, même s’il lui arrive de rouler en meutes. Ne faisons pas semblant. On se fait de petits signes, mais ma bécane est la plus belle, c’est la seule marque acceptable, elle est mieux préparée et mieux décorée et je suis le meilleur et le plus motard que tous les autres motards. Bien entendu, nous sommes capables d’énormes moments de solidarité. Vous connaissez beaucoup de caisseux qui s’arrêtent quand votre caisse est en rade (bon, les filles, cette question ne vous concerne pas) ? On m’objectera que la FFMC a connu de belles heures de gloire au moment de la vignette. Demandez maintenant s’ils arrivent à mobiliser autant. Ce n’est pas leur faute, ni la nôtre. Il y a une grosse pression socio-économique qui nous pousse à croire que seul compte le mode « chacun-pour-sa-grosse-gueule ». Il ne faut pas culpabiliser. Dans notre monde hyper connecté, certaines règles subsistent. Comme disait Adolphe l’atroce, « le pouvoir appartient à celui qui tient la rue ». Tu as un tank ? Un camion ? Un cargo ? Tu contrôle l’entrée des docks ? Le traffic aérien ? Tu distribues l’essence ? L’électricité ? L’eau ? Tu tiens tout le monde par les couilles. Tu es lycéen, étudiant, ouvrier, motard ? Tu peux aller te faire pendre. On va te déloger de la chaussée en te trainant par les cheveux à coups de ranjos au milieu des bombes lacrimos. Cette situation ne vous convient pas ? Alors, puisque nous n’avons aucun pouvoir de nuisance, à nous d’inventer les moyens tactiques d’un autre pouvoir : celui de l’intelligence, celui de l’argent, celui de l’Amour, putain, pour l’instant je ne sais pas encore. Je tiens juste à signaler que Gandhi a uni les gens pour dégager l’Empire British juste en apprenant à s’asseoir pour tisser lui-même ses propres fringues.

Les planteurs, ils occupent eux aussi les jardins de la Pref, et quand ils bloquent la route, il ne leur arrive rien : mais t’as vu la taille de leurs bécanes? .

La vision : se repasser la série visionnaire Le Prisonnier. Cultissime ! 1968-69. Des téléphones et des radios set des écrans ans fil. Des hélicos et des bulles de malabar flippantes (le chewing-gum, hein, pour la Run…private joke) radiocommandés comme des drones. Les prisonniers qui pensent par eux-mêmes ou protestent sont « soignés » à l’hôpital à coups de drogues hypnotiques et abrutissantes. Et il est impératif de cultiver un humour idiot. Une population captive dans un petit circuit merveilleux. On ne lui explique jamais rien. Quand on demande une explication personnalisée pleine de bon sens, on ne reçoit que des consignes. Il faut juste s’appliquer à bien appliquer les règles, sans jamais se soucier de l’esprit des lois. Mais l’esprit des lois, qu’est-ce ? La liberté ! Les citoyens circulent avec des mini mokes bridés qui vont moins vite que les piétons. Ils sont sommés d’être aimables. Les forces de répressions, elles, circulent en bolides et les dirigeants, interchangeables et régulièrement remplacés, organisent des élections « démocratiques » pour des sujets aussi importants que la fanfare ou le concours de jeux d’échecs. Tout le monde est infantilisé. Il ne faut pas vouloir agir. Juste se distraire. Personne ne sait qui dirige vraiment. Un seul homme résiste. Pat Mac Goohan. C’est normal : avant de se faire chopper, il se pavanait à fond la caisse en Lotus Seven dans les rues de Londres, tendant le bras pour tourner, puisque dénué de clignotant. Londres…Tiens, vous avez déjà tenté, vous, de nos jours, de garer une voiture à Londres ou à Montréal ? C’est pire de d’essayer de poser dans la brume un Boeing un jour de grève des contrôleurs aériens. Et pour décrypter les tarifs et les horaires de stationnement, il est recommandé d’avoir fai t au moins 5 ans de droit des transports à la fac ! C’est notre avenir !

Bonjour chez vous !


Oui, mais on ne va pas se laisser faire putain ! Peut-être qu’un jour j’écouterai le chant des oiseaux au guidon de mon électrique préprogrammée pour me ramener à la maison sans que je touche le guidon, mais en attendant, je veux rester au contact de l’asphalte, de l’essence et des vibrations dans un vacarme diabolique. Pourquoi ? Mais parce que c’est rock & roll bordel !
C’est un beau monde plein d’avenir, et riches de notre grandiose héritage motocycliste, de notre technicité, de notre amour du beau geste, on peut encore lui apporter beaucoup et trouver ensemble les solutions de l’avenir. Dès à présent.

Tain ! J’étais sûr que Clay c’était un sale traître !

La soluce : j’ai retrouvé mes potes sur le parking de la Pref, pour la manif locale spontanément organisée à l’arrache par mes potes de forum, de blog et de route. On a comparé nos plaques, on a discuté. Entre le gars en Virago qui a encore la vielle plaque de tôle avec l’ancienne numérotation et ma pomme qui a installé depuis un mois la nouvelle pelle de chantier dont la largeur dissimule enfin le bordel mal caché sous mon capot de selle, il y avait de quoi faire. Oui, j’ai changé ma plaque. Ne me crachez pas dessus. Pas tout de suite du moins. La preuve par Moi, je n’y crois pas. Je ne prétends pas être un modèle. Faites comme vous voulez. J’essaye juste de comprendre. Peut-être même que je me plante sur toute la ligne. En tout cas, un quart des gars autour de moi à la manif l’avaient fait. Ou alors leur concessionnaire, ou leur installateur, ne leur avait pas laissé le choix.Tout le monde était dans le flou artistique. Et vous aviez entendu beaucoup de militants moto hurler très très fort depuis des mois contre cette mesure, vous ? Immergé dans le monde prépa, mon premier réflexe fut : esthétique. De manière étonnante ça matchait avec ma géométrie (mais attention : je me mets à la place du gars qui a bossé dur sur son support de plaque déportée). Le second : le coût. 25 balles ou 135 ? Je suis idéaliste, peut-être, mais je suis aussi pragmatique (mais attention encore : je sais que 25 balles, pour certains, c’est beaucoup). Le troisième : ne pas être emmerdé. Vu la dégaine générale de mes bécanes, je ne tiens pas spécialement à attirer l’attention d’une gentille patrouille de gentils organisateurs de la route bleue. Le Quatrième : je trouve qu’avoir des lois, c’est super quand elles sont peu nombreuses et bien faites, mais là ça ne marche pas car on ne les comprend même plus (selon l’adage, « nul n’est censé ignorer la loi », mais je ne suis même pas certain que le site qui m’a vendu la plaque comme homologuée ait raison), et qu’il y en a trop (à quand une loi sur la couleur des réservoirs pas assez voyants ?…merde ! Je vais leur donner des idées !).
Oui c’est très tard. J’étais le premier à le dire. Mais nous étions ensemble, dans une belle ambiance de concentre, à refaire le monde et à chercher des options impossibles à trouver en se faisant un simple V ou en pleurant en ligne. C’était une action organisée à l’arrache en 3 jours par une poignée de prez de clubs, de webmestres de sites et de modérateurs de forums. Et oui, le réseau n’est pas qu’un mur des lamentations, c’est peut-être aussi un nouveau moyen de passer à l’action. En attendant la suite…

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Une réponse à Le grand leurre de la plaque d’immatriculation

  1. Franck dit :

    Un vrai post à la Clay. Enervé … mais calme 🙂 Dans les raisons il y en a une, importante, parce que les plaques actuelles se flashent bien, même si on peut toujours faire mieux.
    Le stationnement payant en ville qui arrive pour les motos. Une plus grand plaque, c’est une plus grande surface. Les boites privées qui assurent le bordel vont pouvoir balayer la rue d’un coup de caméra et flasher toutes les plaques pour savoir qui est en règle. Actuellement, c’est plus compliqué, ça demande de s’approcher de chaque moto, des efforts quoi. En gros, il est fort probable que cette loi ait été soufflée en partie par une boite privée qui voudrait augmenter sa productivité. En reprise par ces blaireaux d’écolos.

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