Faut-il aller au Motor Expo 2017 ?

Faut-il aller au Motor Expo 2017 ? C’est la question que je me posais en regardant mon garage de manière dubitative, faisant sauter la clé du XJR dans les airs en la rattrapant d’une main ferme (et oui, je suis un peu jongleur à mes heures). Fatigué d’y avoir autrefois tenu un stand situé bien à l’abri du client, n’étant pas invité cette année et n’aimant pas particulièrement flâner sur les stands des concessions au doux son des micros d’animateur nappés par l’odeur des frites, je n’étais pas trop tenté. Mais après tout, si j’y allais en simple client qui paye sa place, je ne devrais rien à quiconque et pourrais m’exprimer librement.

Je m’y suis donc rendu le vendredi, avec Raph,  un jeune assistant Claymotorcycles (certains le connaissent pour lui avoir acheté des tee shirts ou des stickers), afin de donner à l’aventure un aspect initiatique et aussi pour avoir un second avis issu de la jeunesse innocente (mouhais…). Je n’allais pas être déçu, la jeunesse en question balançant son hand-spinner de l’autre côté de la barrière, côté stunt…

 

Alors Tonton Clay, faut-il y aller à ce salon de la moto réunionnais bisannuel ?

Moi je dirais…OUI :

-si tu veux bien considérer que l’affiche pompe une des bécanes cultes de Claymotorcycles : le Yam BT 1100 Bulldog (alias mon Storm Cruiser à moi). Les hasards des banques d’images sûrement. Ou l’influence de mon stand de 2015? Ah, ah ! Une fille tatouée serre un écrou imaginaire sur le cadre. Et, pour avoir pas mal démonté et viré du plastoc dans ce coin là, je peux vous garantir qu’il n’y a pas grand chose à visser dans ce secteur. 

 

-si tu n’as pas trop de sous. 6 euros l’entrée et 3 pour les petits, ça va. Pour ce prix-là, tu vois la Championne du Monde de stunt en action, et quand le kid sors son tel pour filmer le show, tu te dis que la mission est accomplie. Tu peux même amortir ton billet d’entrée en te payant une HD ou une Bavaroise à plusieurs patates. Elle est pas belle la vie au Port ? Par contre, le vestiaire payant, ça rappelle la bonne époque des discothèques, mais 1 euro pour le casque, et un autre pour le cuir, pour deux personnes, c’est un peu mesquin et ça t’inciterait presque à venir en tee shirt et bob Paul Ricard. Nous, on s’en foutait : on devait garder le matos sur le dos pour faire de l’autopromotion au Blog.

La légende de Jimmy ! (private joke intelligible par les clients du brodeur qui a assorti la texture de mon As de Pique aux jointures de mon vieux cuir allemand).

I am too sexy for my cat !

-si tu es vraiment un crevard, tu viens juste te poser sur le parking surveillé gratuitement (pour les 2 roues uniquement, bien fait !). Là, pour pas un dard, tu pourras contempler à loisir des machines bien plus jolies que la majorité du stock neuf inside. Tu verras aussi des arrivées et des départs de motards vachement sympas, mais aussi une galerie collector de poseurs comme pas possible.

-si tu veux comprendre l’évolution sociologique de la moto. En gros, autrefois, c’était  un moyen de locomotion cheap et dangereux pour les vrais durs, les pauvres et les passionnés. Maintenant, tu constateras qu’au salon, ça commence par la crèche où on surveille ton môme, et que plus tu progresses vers les stands des concessions haut de gamme, plus tu découvres un public de retraités fortunés venus « vivre leur rêve d’enfant » en se trémoussant sur des motos bardées de plastoc, toutes pareilles, gavées d’électronique chinoise emballée dans des caches qui ne trompent que les ignorants. J’ai vu une 1600 aussi laide qu’un gros scooter qui affichait le prix que j’ai âprement déboursé il y a 8 ans pour me payer mon pick up. J’ai aussi cru voir un « scrambler » Ducati, mais non c’étais juste une truc de chez Triumph mais qui avait pompé la livrée italienne. de toute façon, pour voir le vrai, il faudra aller au BMC, quelques lignes plus bas dans ce post. Je comprends mieux pourquoi ces gens me méprisent au feu rouge, tout fier sur une moto qui ‘m’aura coûté entre 2000 et 3000 boules et sur laquelle j’ai progressivement tout refait seul ou avec des potes. Leur machin neuf qui ne sort que par beau temps coûte plus de 10 fois le prix de ma meule ! Nous ne sommes plus dans la lutte entre mods et rockers, lesquels étaient tous issus des classes laborieuses. Non. Désormais, c’est juste la lutte des classes. Attention : le rêve d’enfant, je comprends. C’est juste le mépris qui ne passe pas. Surtout qu’il émane souvent de néophytes.

Coques…

…en stock.

mon VRAI rêve d’enfant, il a commencé là (la moto est cachée au fond à gauche)…

-si tu veux voir des machines bien plus accessibles, authentiques, et vraiment sur-mesure (pas juste personnalisables avec des accessoires de catalogue) notamment chez des artisans comme Vincent, le préparateur de XR-Custom, ou comme Calvin le graveur de Black Barts. Ces deux-là, je vais bientôt leur consacrer un nouveau post. En attendant, allez donc vous asseoir dans un des super fauteuils en bidons réalisés par XR.

-si, après avoir pris ton bain de stock, bien déprimé, tu viens te réfugier dans l’autre hangar, celui des vieilles bécanes des copains du Bourbon Moto Classic et des vieilles caisses qui leur servent de vénérables voisines. A chaque fois, je crois avoir déjà fait le tour à l’avance. A chaque fois, Max me ravit en me faisant découvrir, avec la générosité et la passion bienveillante qui l’animent, de nouvelles anciennes. Même au sein de leur club, certains membres chevronnés mais cachottiers et modestes, leur sortent soudain de leur garage, l’air de rien,  presque gênés, des Katanas mythiques et autres Bianchi rescapées d’une grange transalpine. Quel plaisir, grâce à ce beau et grand stand, de se replonger dans la délicieuse nostalgie, toujours roulante et valeureuse, d’une époque où même les voitures étaient belles. Où l’on pouvait encore faire de la mécanique avec un vieux guide technique étalé dans les flaques d’huile.  L’époque où ma maman fendait la route en torturant le petit moteur nerveux de sa 500 décapotable. Ce n’était pas du néo-rétro. Non. C’était juste la route.

-si tu veux tester ta nouvelle meuf ou ton nouveau mec. Si, après avoir fait « vraoum vraoum » dans le vide en tordant en vain la poignée  gauche d’un guidon américain, ta nouvelle conquête demande quand on va enfin faire les courses, ou s’inquiète de l’horaire de fermeture de la Cité des Arts, il est encore temps. Tu peux encore sauver le sens de ta vie et laisser là cette personne, t’acheter vite un des nombreux casques Shark Raw pour mieux te fondre dans la foule, et foncer vers la sortie, vers ta bécane, vers la liberté !

Mon patch préféré du moment.

-si tu veux retrouver sur place tes potes, boire un verre ou te gaver de kébab arrosé au Sunday chocolat et échanger des histoires de mécanique avant de reprendre la route ensemble sur fond de soleil couchant, comme nous avec Jean de Run Iron Works sur sa BM et notre Francky de nos Sons of Arnaquie sur sa Big One Rouge.

 

-si tu veux voir Julien de Motards.re, un gars qui se démène vraiment énormément, en plus de son taf, pour faire bouger la moto dans tous les sens sur l’île (on dirait moi à mes débuts, mais moins obsédé par le custom et avec une barbe!), si tu veux le voir, donc te disais-je, se livrer à une gestuelle étrange sur la piste, à mi-chemin entre le taï-chi et le break dance !

-si tu veux voir évoluer de petits bouts de chou, gamins et gamines,  casqués et bottés comme des playmobils, des trucs terriblement sauvages, de petite taille et âgés d’environ 8 ans !

-si tu veux voir la Championne du Monde de stunt, Sarah Lezito. J’aime bien le stunt. Tout d’abord, les motos de stunt sont toujours assez destroy. J’aime ça. Et puis le stunt résumes assez bien la moto et sa passion. Un peu de frime. Une prise de risques calculée. Le goût de la puissance. L’hédonisme individuel conjugué avec le sens du partage. Une sauvagerie totale concentrée sur la maîtrise d’une haute technicité. C’est tout cela Sarah, mais avec du fun, de la grâce et ce je-ne-sais-quoi de jamais vu chez un stunter mec. Le lendemain, des potes de potes me la décrivaient encore comme la petite amie idéale ! Je ne regardes plus le foot depuis le Mondial 98. Mais l’autre soir, j’ai regardé la finale de foot féminin PSG/Lyon. J’y ai découvert de la classe, du fair play et de l’engagement. Peu d’arrêts de jeux. C’était bien plus stylé que chez les gars. Idem avec la petite princesse Sarah. Ce qui est certain, c’est que cette sportive cool et modeste déchire grave total. Hélas, à cause de problèmes de durites pétées ou de système de refroidissement foireux (la bécane avait déjà été réparée la veille, et là elle est sortie discrètement avec de la fumée blanche qui sortait des carters), pas de burnn final! Frustration ! Chauffés à bloc, on se termine aux applaudissements après un wheeling… Du coup, je n’ai pas pu montrer à Raph ce que c’est qu’un pneu qui fond littéralement sur place dans un enfer de fumée et de bruit. Pas grave : ce sera l’occasion d’y retourner demain 😉

L’an dernier, c’était comme ça : 

Motor Expo 2015