Le Corsair et les Zéros

BILINGUAL Français/English « Les années m’ont appris un truc que j’aurais dû savoir depuis le début: il ne faut jamais faire de généralité lorsqu’il s’agit d’une ethnie ou d’un peuple. Encore de nos jours, on entend des phrases du style: Tous les Russes… ou Tous les Français…Et ainsi de suite. » Ce n’est pas moi qui ait écrit ces lignes, mais le Colonel Gregory « Pappy » Boyington, dans ses mémoires, Baa Baa Black Sheep, lesquelles ont inspiré une série qui, bien que xénophobe, a bercé notre enfance: Les têtes brûlées.  Le mythique « Corsair » et le non moins mythique « Zéro » s’y livraient des combats sans merci dans des ballets aériens entre coupées de scènes d’archives de l’US-Navy.

« After all these years, i know something i should have learned from the beginning: you should never speak in general terms about ethnies or people. Nowadays, we still ear sentences like « Russian people are like this… », or  » All French people are… » and so and so. » I did not wrote these lines. Colonel Grergory « Pappy » Boyington did it. His Memories, Baa Baa Black Sheep inspired  great TV series. The great Corsair was fihting in the sky against the great Zero. 

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J’étais fasciné par son charisme et aussi par sa méfiance vis-à-vis de l’ordre établi. Et dans le collimateur, il avait toujours ces superbes chasseurs blancs ou kakis, avec des gars stylés à l’intérieur qui mourraient sans pousser un cri: les japonais.

I was fascinated by Pappy’s leadership and also by his defiance about order and hierarchy. In his visor, he always had these marvellous white fighters with a big red spot on it. And the guy inside was always very stylish and quiet. He was japanese.

Hum...1942?

Hum…1942?

 

Un peu plus loin, Boyington explique que parmi ses gardiens japonais, certains étaient sadiques, mais que d’autres venaient s’excuser de tant de sauvagerie: « J’ai moi-même fait des généralisations (…), mais c’était une erreur. (…) ici, aux Etats Unis, dans toutes les villes, dans tous les quartiers, on peut trouver des types aussi brutaux, aussi primitifs (…) Il ne leur manque qu’une opportunité. Ces gens là existent. Ils nous entourent.  »

In his book, Boyington also explains that among the japanese gards in his prisoners camp, some were very crual and sadic, but also that others would apologise for this. They could speak english and even use to help him when he was suffering.

Les années ont passé. Moi aussi je porte un casque, un masque et des lunettes de cuir. J’ai des gants et un gros blouson, et je fends les éléments. Je sifflote le générique de ma série télé sur ma moto baptisée « Corsair », et dans le cadran du compteur de vitesses, il y a un diapason: YAMAHA.

Now we are in the 21TH century. I were googles myself, and leather gloves too, and i go fast under the wind. I can whistle the hymn of the Baa Baa Black Sheep under my helmet: « We are poor little lambs, who have loste their way… ». My XJR 1300 is called « The Corsair », and on the speedometer, there is a logo: YAMAHA.

Présentation corsair vaugh circle clean corsair clay logo

Depuis des années, je suis imbibé du cinéma de Kurosawa, de Takeshi Kitano. J’ai lu tout Kawabata, Mishima aussi, et bien sûr Musashi, le samouraï légendaire du Traité des 5 roues. Et je ne vous parle pas des bouquins de philo issus du bouddhisme zen. Et je vous recommande chaudement l’univers manga de l’artiste Murakami.

Bercé depuis l’enfance par les westerns, les films WWII et les poursuites de voitures US, je me suis pris la claque Albator et les jeux Nintendo en pleine face à la pré-adolescence.

Alors, à l’adolescence, rouler en japonaise, pour moi, c’était une évidence. Dans mon quartier, il y avait des gars en Peugeot, des gars en Motobécane, des gars en Puch, et même un gars en Harley, une sorte de petit enduro ! Moi et ma bande on était siglés: RD, DT et ER. Les BM? C’était pas la mode, sauf chez les gendarmes. Bien sûr, une fois par an, Tonton Francis traversait la Manche avec Marjorie pour venir nous saluer avec son incroyable side-car  Norton noir et or. Mais ceci est une autre histoire.

For years and years, i have been reading Kawabata, Mishima or Musashi. I love movies from Kitano and Kurosawa. I don’t want to bother you with all my philosophical books about zen theories.

Since i was a kid, i had been growned up with WW II movies, Western movies and US cars speeding in the streets of San Francisco. But at the age of ten, i was suddenly smashed by Albator and Nintendo. So, at the age of 16 years old, riding a japanese bike became an evidence for me. On the block, we had guys riding Peugeot, or Motobécane, or Puch. We even had this particular guy riding a little enduro HD ! But with my crew, it was RD, DT and ER only, you see? Of course, every year, Uncle Francis used to cross the Channel with Marjorie to visit us on his magnificent Norton side-car. It was black and gold. But this is another story.

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Cela faisait un moment que j’en avais marre que le XJR serve de galerie ambulante de stickers Claymotorcycles. Less is more. Et pour le less, ils s’y connaissent, les designers japonais.

Et puis j’en avais marre des « Alors Clay, tu passes quand sur HD? », et des « Avec un nom pareil, il va te falloir un Thruxton »…et j’en passe des pires: « les vraies motos, blabla… »

Le purisme me fait marrer. La concurrence circule avec des composantes électroniques japonaises. Les japonais ont fabriqué des HD sur leur propre sol durant une brève période, et les anglaises ne tombent même plus en panne. Et qui veut nous fourguer une bécane électrique? Allons plus loin: lorsqu’on ne rogne pas sur le cahier des charges, les Coréens et les Chinois savent produire de solides motocyclettes. Et ce n’est pas fini…

Je n’oblige personne à rouler en japonaise. Les gens qui roulent en stock, je ne les méprise pas car ce sont souvent de redoutables pilotes. Du coup, je ne comprends pas pourquoi il faudrait se justifier de ne pas rouler en ceci ou en cela. Mes copains en MC ou en Brotherhood qui roulent en HD, ont de très belles motos, et je suis vraiment ravi de les contempler. Mais je pense que je peux tout autant m’enorgueillir de la tradition d’une industrie méticuleuse et puissante  qui règne sur le marché et les circuits depuis quelques décennies.

By the way, i was fed up with « Hey Clay, what about buying a real bike ! You should try an (expansive) HD ! », or  » Why not buying a bike as english as your name, and go for a Thruxton ! », and other rubishes.

HD have japanese electronic parts inside, Triumph do not break down in the middle of the road anymore. And who is trying to sale us an electric « motorcycle »? And guess what: Coreans and chinese are able to produce good bikes if you pay enough for it.

I never try to convince anybody to ride a japanese bike. But why should i stop loving it? You can just go to hell with your sectarianism. Buddies from MC or Brotherhood own really nice Harley bikes. And i am glad to take pictures of these beauties. But i have the right to be proud of a firm that rules the market and the circuit for decades.

Fort de cette problématique trop longtemps réprimée, j’ai décidé de franchir le pas. J’ai commandé à mon pote Julien d’Enargy Pub, des stickers (mon dieu, sacrilège, c’est même pas peint!) inspirés d’un vieux temple japonais. C’est une calligraphie qui signifie « Je connais mes besoins ». Plusieurs calligrammes tournent autour d’un carré.

J’avais aussi viré mes vieilles peintures de guerre pour tartiner sur les fesses de la belle l’inscription « Image du monde flottant », le style artistique de la Grande Vague de Hokusaï. Et, pour porter l’estocade finale, j’ai souligné le logo de mon pote virtuose An-Bu, d’un bon vieux petit Rising Sun.

Mais désormais, j’ai un nouveau problème: puis-je décemment continuer à appeler ma chérie Le Corsair? Mais bien sûr: Le Corsaire de l’Espace !

I had been suffering too much and too long. I had to be myself. Fuck the morons ! My friend Julien from Energy Pub printed the stickers i designed from an old japanes calligraphy. It means « I know my needs ». I wrote UKIYO-E « Image from the floating world » at the rear of the bike. And the final touch of grace was the good old Rising Sun under my friend An-Bu’s logo. But now i have to face a new delemma: shall i keep calling this bike « The Corsair »? Of course i should! The Corsair from outer space !

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5 réponses à Le Corsair et les Zéros

  1. Max dit :

    Insatiable Clay, pétri de connaissances ……. et de talent pour l’ écriture !
    Et quelle écriture !
    Merci à toi de nous faire profiter de ces petits moments de bonheur, tout aussi agréables que lorsqu’ on circule sur nos deux roues – jeunes ou moins jeunes, noirs ou blancs, coupleux ou non, …..,
    Je ne m’ en lasse pas !
    Merci encore.

  2. Max dit :

    Ah, j’ oubliais !
    La XJR a vraiment fière allure désormais.
    J’ en étais resté aux premières transformations.
    Quel changement.
    BRAVO !

    • Clay dit :

      Merci Max pour tant d’éloges ! ça donne envie de continuer à écrire et à publier. Et certains puristes du XJR sont furieux quand j’ôte du plastique moulé pour le remplacer par de la tôle découpée à la main, alors, venant d’un expert des motos anciennes, vraiment cela me réchauffe le cœur et le cuir !

  3. Barel dit :

    Et sinon vous êtes combien dans ta tête ??????

    A part ça chapeau pour la culture japonaise, je crois que ce n’est pas la plus accessible au monde mais tellement riche et différente de la notre

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