Black Riders

indian

Preppy Style

Parfois, le hasard fait bien les choses…

En bon motard geek, je surfais sur le web afin de trouver des images susceptibles d’inspirer nos amis de la page Facebook. C’est là que je suis tombé par hasard sur cette photo. Ce couple trônant sur cette Harley complètement baroque. La fierté de la jeune femme, avec son équipement flambant neuf. Le côté cool du pilote. Ils ont payé ce photographe pour immortaliser le départ de leur virée. On a l’impression qu’ils sont tellement excités qu’ils ont du mal à y croire. Ils sont touchants. Et leurs  boots sont super vintage (je sais, à l’époque ce n’était pas vintage du tout…). Le courage qu’il leur fallait, en pleine ségrégation pour traverser ainsi le Sud raciste en bécane, comme des princes. Ont-ils essuyés des insultes ? Certains pompistes ont-ils refusé de les servir ? Les autres motards les ont-ils agressés ou acceptés ?  Et l’auteur de la photo s’appelait Clay !

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 Au-delà de l’image, je décidai de lire l’article. J’aurais pu juste balancer la photo, mais là je me suis dit que c’était classe et important. Roulant à la Réunion, je trouvais intéressant de proposer une traduction de l’article de la fac de Duke. Entre le français et le créole, mon anglais n’est plus ce qu’il était après toutes ces années sans trop de pratique. J’espère ne pas avoir trop trahi l’érudition mêlée de tendresse que recèle cette prose universitaire :

« L’œuvre représente un couple gainé de cuir, trônant sur une motocyclette lourdement modifiée avec de nombreux phares et un porte-bagages pour les sacoches. A l’arrière-plan, des constructions de panneau de bois blanc. Au premier plan, le trottoir. Les lignes de fuite de ces éléments pointent toutes vers la moto et ses pilotes, véritable centre visuel de l’image.

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Cette photographie en noir et blanc offre des zones de contraste frappantes entre la dominante noire des motards et le blanc de l’acier et du saute-vent qui habillent l’avant de la machine. Contrastant également avec la blancheur du bâtiment, la plainte noire de la fenêtre est encore rehaussée par les lettres blanches peintes à la main. La modernité –pour l’époque- de la moto tranche elle-aussi avec son environnement domestique et basique, tout comme le cercle des phares avec le rectangle des bâtiments et du trottoir.

Henry Clay Anderson était  photographe professionnel à Greenville, Mississippi. Sa passion pour la photo lui est venue à l’âge de neuf ans, avec son premier appareil photo. Après avoir étudié la photographie dans le cadre du « GI Bill » -dispositif de formation professionnelle mis en place pour les soldats démobilisés après 1944-, il créa à Greenville en 1948 le Studio de Photo Anderson, devant lequel  fut prise Motorcycle Riders.

Ici, il met l’accent sur la vie quotidienne de la communauté Afro-Américaine de Greenville, laquelle était relativement prospère. Pour réaliser cette œuvre, Anderson utilisa le fameux appareil « 4×5 inch Graflex Speed Graphic ». Elle fut exposée pour la première fois en 2007 à la Galerie Steven Kasher.

Cette œuvre suscite beaucoup d’émotion et de ressenti. Ce qui domine, c’est le plaisir et le sentiment de liberté exprimés par le visage du couple. Malgré l’absence de droits civiques et l’écrasante pauvreté de beaucoup d’Afro-Américains à cette époque, ce couple avait assez de ressources et d’indépendance pour voyager à moto. De toute évidence, l’évènement était si important pour eux qu’ils souhaitaient qu’Anderson l’immortalise. Et en prenant cette photo dehors, devant son studio, Anderson lui-même affichait sa réussite personnelle dans le sud ségrégationniste.

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Elle est donc très représentative car elle révèle un aspect rarement montré de la culture américaine : les motards noirs. Les similitudes entre ce travail et la célèbre photo de Robert Frank, Indianapolis, tirée de la fameuse série « The Americans » de 1956, sont évidentes.

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Indianapolis

Les deux œuvres montrent un couple noir sur une Harley Davidson, documentant la liberté obtenue par de nombreux noirs de la classe moyenne, en dépit des défis qui les attendaient en ce milieu de siècle. Malgré la situation des noirs du Sud, ce couple s’est accroché, tout comme la  communauté noire de Greenville, et il a savouré sa vie au maximum de son potentiel. Sans la photo d’Henry Clay Anderson, l’essentiel de cette culture florissante aurait été oublié. »

Black Rebel Supa Style

 

Par Dominic Tjia

Traduction : Clay

Références de la photographie:

Henry Clay Anderson, (1911-1998), Motorcycle Riders, c. 1960, ed. 8/10.  Tirage argentique, 13 ½ x 10 ½ inches.  Nasher Museum of Art de  L’Université de Duke University, Durham, NC.  Don de Kenneth Montague/The Wedge Collection, en l’honneur de l’exposition  “Becoming” at the Nasher Museum of Art at Duke University, 2011.13.1. © 2013 National Museum of African American History and Culture, Smithsonian Institution, Washington, DC.

 

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